Sunday, April 4, 2010

"Austral" one-copy 12" LP Out now on Onement











"Onement is a label whose concept is to release records at ONE COPY ONLY. Each recording is not reproduced - there is just one item"
AUSTRAL
29:99

-INSULATIO 06:36
-BOIS ROUGE 11:07
-DISTANCE 12:56

Recorded by Yannick Franck between 2007 and 2009
Premastered by Bernhard Günter

Mastered by Frédéric Alstadt
Artwork by Benoit Pierre


This album is dedicated to : 
Sylvain Chauveau, Félicia Atkinson, Benoit Périer, Sophie Bardet, Agathe, Bertille & Félix Périer, Mariyya Evrard & Eric Languet, Safiyya Evrard, Yohann Quéland de Saint-Pern, Maud Marique & Alexandre Jimenez, le Théâtre des Bambous, le Séchoir, the Gault familly and their parrot.

- Armaani Inkeri - 


Review in French by Sébastien Biset:

Yannick Franck, Austral, 2010
"Le bourdon (ou drone, du terme anglais) désigne, en terme de technique musicale, une ou plusieurs cordes ou anches qui vibrent toujours sur la même note ou forment un accord continu avec la tonique ou la dominante. Dans certaines musiques traditionnelles (indiennes notamment), il acquiert un sens en ce qu’il est lié à la pratique de la prière et de la méditation. Le drone en tant que véhicule de sens, a priori, ne fait pas partie de l’héritage de la musique occidentale… jusqu’au milieu du siècle dernier en tout cas. Certains compositeurs sont parvenus à faire du son continu le vecteur d’un sens nouveau en remettant en cause la notion de musique, notamment par un abandon de la construction narrative, propre à la culture occidentale. On substitue à la structure et à la tension de l’auditeur vers une fin (fuite en avant, perspective téléologique qui a conditionné la pensée de l’Occident jusqu’à la fin de la modernité) une conscience de l’instant, d’un présent vécu. Dès les premières secondes, tout semble donné ; la consistance du son doit primer.
Dans le sillage de ces expériences est né, à la fin du siècle dernier, le drone en tant que genre musical, lui-même décliné en différentes catégories : drone ambient, drone doom ou métal, etc. De plus en plus il est fait référence à cette démarche minimale de composition, elle se généralise et amplifie l’intérêt et les contributions individuelles à une scène (ou champ d’action) expérimentale  dont l’essor n’est encore que récent.
Si, comme pour tout phénomène de banalisation, le risque est que le commun nous prive du singulier, on se réjouira ponctuellement à la découverte de tel ou tel musicien, de telle ou telle manière de faire confirmant l’intérêt de cette pratique de composition. Austral, enregistrement 3 titres reçu du musicien et plasticien belge Yannick Franck, me conforte dans cette idée d’un possible renouvellement de l’usage du drone au sein d’une recherche personnelle d’expression musicale.
Au même titre que la captation, l’amplification et l’agencement intuitif d’éléments du réel, le drone se situe au cœur de la pratique de Yannick Franck, pensé selon des modalités différentes en fonction des occasions, qu’il s’agisse de performances ou d’enregistrements. Avec Austral, le musicien expérimente une fois de plus l’altération drone avec une palette de tonalités qu’il n’est jamais évident de retrouver dans ce type de construction sonore, du fait de la monotonalité (et monochromie) qu’il implique a priori. Les trois pistes proposées ici (insulatis, bois rouge, distance) consistent en des agencements minimalistes de couches et de sous-couches sonores, évoluant au gré de micro-altérations qui enrichissent le chromatisme général. Aucune noirceur, le climat est serein. Chacune des pistes semble converger vers un temps culminant, un moment ou les nappes sont les plus fortes, présentes ou intenses, pour ensuite s’éteindre progressivement. L’idée d’un nomadisme drone, cette manière d’évoluer dans des atmosphères en suspension, est renforcée par le mot servant à nommer (qualifier) cet enregistrement, Austral. Du latin australis, venant de auster signifiant « vent du midi », cet adjectif désigne ce qui se situe du côté sud du globe terrestre, et plus spécialement ce qui se situe près du pôle sud. Sans probablement signifier l’un plutôt que l’autre, je ne parviens, à l’écoute de l’album, à trancher entre deux de ses acceptions, à savoir le vent chaud soufflant du sud, ou le climat austral du pôle sud. Deux sensations plutôt antagonistes. Un nomadisme pertinemment justifié. Un opus recommandable."