Wednesday, April 4, 2012

Chronique de concert: Yannick Franck, Karel Ball #16, Bruxelles, le 7 mars 2012, par Flavien Gillié



Yannick Franck, Karel Ball #16, Bruxelles, le 7 mars 2012.
http://yannickfranckchronicles.blogspot.com/2012/03/wednesday-at-karel-brussels.html
Yannick Franck a ceci d'immédiatement plaisant qu'il ne se contente pas de faire des musiques pour des pièces du Théâtre National ou pour des pavillons de la Biennale de Venise, ce qui en soit est déjà très bien, mais il garde aussi cette envie de jouer dans des petits lieux, dans les marges de la création officielle, là où ça bouillonne et ça expérimente.
Et de fait nous le retrouvons par une soirée d'hiver chez le collectif Karel, dans un lieu intime, dédié aux musiques improvisées, c'est une maison presqu'abandonnée, souhaitons qu'elle reste encore longtemps à l'abri de la spéculation immobilière qui sévit dans Bruxelles.
Si la maison semble fragile, la qualité de la diffusion sonore est parfaitement au point, nous nous rassemblons dans une petite pièce, Yannick Franck nous salue et fait le lien entre les divers spectateurs, "bien dire c'est bien vivre" écrivait Bachelard, voilà qui définira parfaitement l'atmosphère, des échanges, de la parole, et bientôt de la musique.
Place à l'écoute, il y aura deux sets ce soir-là, une performance en solo de Yannick Franck puis une improvisation avec Frederik Donche de Karel.
La composition de Yannick Franck nous plonge immédiatement dans un état propice à l'introspection, sa musique est dense, profonde, faite de strates dans lesquelles il nous invite à nous recueillir. Il n'est pas question ici de composition sur ordinateur, sa table d'expérimentation est faite d'objets concrets, instruments à cordes, émetteur radio, archets, cymbales, il gère ses sources d'une main de maître et de cette base crée des harmoniques à sa convenance, jeu d'effet de pédales et de subtils larsens. Quand l'assise est solide, sa voix vient nous emmener encore plus loin, il se fait passeur, chamane, on peut parler de transe, on repense à d'intenses émotions, quand les disques de Coil et la voix de John Balance nous faisait vibrer.
Etait-ce une demi-heure, une demi-nuit, peut importe, nous y étions, présents à nous-mêmes et à sa musique, c'est bien cela le plus important.
Le silence se fait quelques instants, le temps de boire un élixir, de se préparer à une deuxième partie, Yannick Franck et Frederik Donche.
Ici la musique se fait rencontre, profondeur et field recordings, saccades électroniques, un nouvel espace sonore se cherche et se crée. L'écoute entre les deux artistes fait pleinement sens, il s'agit désormais de jouer par touches, et ça fonctionne, sur un nouveau plan, le tout plus grand que la somme des parties.
J'alterne, les yeux fermés pour mieux écouter, les yeux ouverts pour ne pas perdre un instant de cette rencontre, la performance touche à sa fin, les deux artistes saluent le public, je savoure encore ces moments précieux tandis que Yannick Franck range son matériel, calme et tranquille, je le remercie et nous discutons un instant, c'est une belle soirée.
Flavien Gillié